Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, s’est rendu lundi 28 janvier au lycée professionnel Hector-Guimard dans le 19e arrondissement de Paris pour y lancer une campagne de lutte contre « l’homophobie et la transphobie à l’école ».

« Ces formes de discrimination se manifestent notamment par des insultes, des violences physiques ou encore du rejet, qui sont autant le résultat de comportements individuels que de phénomènes de groupe inacceptables », peut-on lire sur le site du ministère de l’Éducation nationale dont le kit de présentation de la campagne affirme vouloir s’opposer « à toute forme de discrimination et de violence LGBTphobes ».

Au-delà de l’utilisation inepte de ce néologisme sur le site de l’Éducation nationale qui devrait se faire un devoir de respecter la langue française, on peut s’interroger : pourquoi restreindre la campagne de sensibilisation à la seule violence « LGBTphobe » ? N’y a-t-il pas d’autres formes de violence dans nos lycées ? Y seraient-elles acceptées, banalisées, voire normalisées ? Ou alors, à ce point anecdotiques et accessoires pour ne pas avoir à les prendre en compte dans des campagnes de prévention ?

La lucidité s’impose : une telle opération relève de la propagande. Elle n’est rien d’autre que du rabâchage idéologique, autrement dit du lavage de cerveau. Les violences envers les personnes homosexuelles doivent être condamnées. Au même titre que toute autre forme de violence envers une personne, quel que soit son état de vie. Mais la technique est connue : sous couvert de dénonciation, on cherche à formater idéologiquement les esprits par une confusion de tous les modes de vie, et donc de tous les types de sexualité puisque notre société, devenue amnésique de ses racines d’un côté, s’est hyper-sexualisée de l’autre. Une nouvelle morale s’impose alors, interdisant toute approche critique, sous peine de se voir accusé d’une de ces « phobies » qui vous place immédiatement au ban des accusés déjà coupables.

Agir ainsi, enfermer chacun dans son identité là où l’on devrait simplement prôner le respect de chacun quelle que soit sa vie privée, c’est renforcer le communautarisme. C’est promouvoir un « vivre ensemble » qui ne veut rien dire d’autre que se contraindre à se supporter dans nos défauts plutôt que s’apprécier dans ce que nous partageons de plus précieux : la dignité. Non, ce n’est pas ainsi que chacun pourra être accepté tel qu’il est. Dans la perspective universaliste qui devrait être celle du ministre Blanquer, une telle campagne ne devrait pas voir le jour. Ou alors, elle devrait être centrée sur le rejet de la violence, physique comme verbale, sous toutes ses formes. Imaginons-nous un seul instant que soit promue par le ministère de l’Éducation nationale une campagne de lutte contre la gérontophobie1, la peladophobie2, la parthenophobie3, ou encore, plus improbable, la christianophobie4…  Chacun peut imaginer le tollé général qui s’en suivrait. À juste titre, d’ailleurs.

On notera l’interprétation du ministre sur la cause des violences commises contre les élèves homosexuels. Interrogé sur les raisons de cette dérive, il esquive et désigne le bouc-émissaire tout trouvé : « Quand vous avez l’obscurantisme qui progresse, des pensées anti-Lumières, anti-progrès dans la société, ça se reflète à l’école et l’école doit être en première ligne pour lutter contre ça et renverser la logique ! » Éternelle rengaine de la bien-pensance : c’est la faute de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les « valeurs de la République », lesquelles ne sont d’ailleurs jamais vraiment définies sinon comme celles déclinant « le droit à la différence » (Europe 1, 28 janvier).

« Lorsque l’on réclame l’attachement de tous aux valeurs de la République, explique Pierre Manent dans Situation de la France, il faut comprendre que l’on propose en vérité des valeurs sans République, ou une République sans chose commune, puisqu’une chose commune comporte appartenance, éducation commune, loyauté et dévouement à la chose commune, toutes choses par lesquelles on n’entend plus être lié. Ainsi, lorsqu’on nous demande d’adhérer aux valeurs de la République, on ne nous demande rien ».

Un ministre de la République, qui ne demande que le respect des différences, défend en fait une République qui a perdu l’horizon d’un bien commun entre les hommes, qui en vient à revendiquer pour chacun des identités particulières dont le non-respect sera érigé en phobie. Une République, qui, en fait, en a fini avec le sens originel de la res publica.
Il est navrant de voir Jean-Michel Blanquer livrer ce visage-là d’une République fourvoyée dans le communautarisme. Ce n’est pas la première fois que ce ministre qui avait cru pouvoir endormir un temps la méfiance de certains Français en se drapant de bonnes formules pour la défense des « fondamentaux pour les écoliers », se trouve en fait être le terrible « digne » héritier d’une Najat Vallaud-Belkacem qui ne le renierait pas. Sur ces sujets comme sur bien d’autres, au premier rang desquels le traitement des établissements hors contrats, Jean-Michel Blanquer ne fait que poursuivre l’action très idéologisée de son prédécesseur.

 

 

 

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